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Source : Grimoard - Lettres et mémoires choisi parmi les papiers originaux du Maréchal de Saxe - T.5, p.312

Le Maréchal DE SAXE au Comte D'ARGENSON

A Compiègne, le 10 juillet 1750.

J'ai reçu, Monsieur, le mémoire sur la formation des escadrons de cavalerie que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 3 de ce mois. L'on ne peut rien faire de mieux, suivant moi, que de suivre l'esprit de ce mémoire, vu les usages et la manière de combattre, reçus en Europe.

S'il en falloit créer une, je serois de l'avis de nos pères, qui disoient toujours, que la fortune se déclaroit pour les gros escadrons ; un escadron sur dix rangs et de vingt files de front, doit toujours en enfoncer un qui auroit dix rangs et cinquante files de front : il se manie bien plus aisément ; la diminution qui arrive dans la cavalerie, n'y est pas si sensible, mais il n'embrasse pas un si grand terrain ; cela dépend du pays où l'on fait la guerre, du nombre de cavalerie que l'on a, et du terrain que l'on a à occuper ou que l'on veut occuper ; c'est pourquoi je desirois qu'il n'y eût qu'un étendart par escadron, parce qu'alors on lui peut donner la formation que l'on veut ; une enseigne, un étendart, n'ont été institués que pour le ralliement des troupes, et si l'on en voit deux dans nos escadrons, cela ne s'est introduit que parce que de deux compagnies foibles, l'on en a formé un escadron ; de-là on est resté avec deux étendarts ; il n'y a aucune bonne raison qui puisse autoriser cet usage, qui ne s'est établi que sur un défaut. Il y a à présent quatre compagnies dans un escadron : quelles sont les deux qui ont des étendarts, et quelles sont celles qui n'en ont point ? Les étendarts sont donc attachés à l'escadron, et non à la compagnie ; si cela est, il n'y en doit avoir qu'un pour conduire, où servir de ralliement à un escadron.

Ce que l'auteur du mémoire propose pour les sections ou la division de l'escadron, est un principe fondamental dans toutes les formations de troupes, tant de cavalerie que d'infanterie ; la division du front doit toujours être en quatre parties : veut-on se mettre sur quatre rangs, le mouvement est simple et ne cause aucune fraction dans les divisions ; il est probable qu'un terrain occupée par huit escadrons sur quatre rangs avec les intervalles convenables, en formera une ligne qui occupera le même terrain avec quatre escadrons à deux de hauteur : cela dépend des terrains et du nombre de cavalerie que l'on a ; j'aimerois mieux deux lignes de cavalerie à quatre rangs de profondeur, que quatre lignes à deux rangs. Lorsque les escadrons sont disposés comme l'auteur du mémoire le propose, l'on est en état de faire ce changement dans l'instant, si le terrain le permet, ou le demande ; alors il se trouve deux escadrons à quatre de profondeur, sur un, à deux de profondeur, et la partie n'est plus égale. Ces escadrons à petits fronts et grandes profondeurs, manoeuvrent bien mieux aussi, parce que le frottement est bien moindre ; mais pour être en état de faire ces mouvemens, il faut retrancher un étendart par escadron. Ce que l'auteur propose à l'égard des surnuméraires a de très grands avantages, quand il n'y auroit que celui d'établir une distance certaine et uniforme pour les escadrons.

Voilà, Monsieur, ce que je pense sur la formation des escadrons de cavalerie.

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