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Archives de la guerre : A2-32s  -  150
Remerciements à Richard Couture qui a pris la peine de numériser le document dans sa version française et a également réalisé une version anglaise disponible ici.

 

Relation de l'expédition et de la prise du fort Guillaume Henry le 9 août 1757

L'expédition de l'hiver dans laquelle le détachement aux ordres du S. Rigaud de Vaudreüil avait brûlé les barques, barges, hangards des Anglais au fort Guillaume Henry, les avait mis hors d'état de profiter de leur position, des préparatifs presque finis et d'une navigation que le climat leur permit de commencer un mois plus tôt que nous pour venir attaquer nos forts de Carillon et St-Frédéric; nous pouvions au contraire songer à agir offensivement dans cette partie dès le commencement du printemps; mais une disette extrême affligeait la colonie; Les habitants de Québec étaient pour le soin réduits a une ration fort médiocre et ceux de la campagne ne vivaient que de laitage. Comment assembler les vivres nécessaires à une armée considérable.

Cependant comme les dispositions des Anglais paraissaient menacer Québec le marquis de Vaudreüil résolut de faire les plus grands efforts pour mettre en sûreté la frontière du lac St-Sacrement en s'emparant du fort Guillaume Henry construit par les Anglais à la tête de ce lac afin de porter ensuite toute son attention à renforcer à la défense de la capitale. Les Canadiens secondèrent les vues de leur gouverneur général avec un zèle digne de celui qu'ils ont toujours témoigné. Ceux qui avaient des grains en réserve pour le provision même de leur famille consentirent de les prêter au roy et par ce moyen on put trouver assez de vivres pour nourrir pendant 40 jours une armée de 8000 hommes. Elle fut assemblée et destinée à opérer pendant le temps où l'intervale entre les semences et les récoltes permet aux habitants de quitter les travaux de la campagne. Il fallait aussi profiter d'un séjour d'une foule de Sauvages que la prise de Chouagen avait attirée à Montéal et que 4 ou 500 lieues à faire sur des rivières et des lacs qui gèlent forcent à repartir avant la fin d'août.

L'armée fut entièrement rassemblée à Carillon vers le 20 juillet 1757 et aussitôt le marquis de Montcalm (a) suivant les instructions qu'il avait reçu du marquis de Vaudreüil distribua les miliciens en bataillons commandés par des officiers des troupes de la marine et des compagnies détachées de ce corps, il composa un bataillon semblable aux nôtres et destiné à rouler avec eux. Il donna aussi au S. de Villiers, connu par la campagne de l'année dernière, un corps de 300 volontaires Canadiens.

 

Telles étaient la force et la composition de l'armée.

Troupes réglées

La brigade de La Reine composée des bataillons de La Reine, Languedoc et celui de la marine, la brigade de la Sarre, des bataillons de la Sarre et de Guyenne, celle de Royal Roussillon des bataillons Royal Roussillon et Berry.

Miliciens

Les bataillons de La Corne, Vassan, Repentigny, Courtemanche, St-Ours et Gaspé, les 300 Volontaires de Villiers. M. Rigaud commandant en chef de ce corps.

Sauvages

Domiciliers 820. Des pays d'en haut 986.

Artillerie et Génie

Le S. Le Mercier commandant. 6 officiers et environ 120 canoniers, bombardiers et ouvriers.

Le S. DeSaudrocius et Lobiniere ingénieurs.

 

Cette armée quand on eut laissé les garnisons de Carillon, de la chute, du Portage, les malades et le non complet des bataillons montait à 5500 combattants non compris les Sauvages, le portage et une artillerie considérable, en munitions de guerre et en bouches de toutes espèces, les 250 bateaux et 200 canots: portagés de Carillon au lac St-Sacrement, qu'il fallu faire entièrement a bras d'hommes, ne put être achevé que la nuit du 31 au 1er août.

Le 27 le marquis de Montcalm avait tenu un grand conseil dans lequel, par un collier de 6000 grains présenté au nom du roy, il avait lié toutes les nations sauvages entre elles et avec lui afin qu'elles ne puissent se séparer ni le quitter avant la fin de l'expédition dont il leur exposa le plan et les dispositions. Le 30 au matin M. le chevalier de Lévy à la tête d'un corps de 2500 hommes composés de 6 compagnies de grenadiers, de huit piquets, des Volontaires de Villiers, d'environ 1000 Canadiens et 500 Sauvages s'étaient mis en marche au travers les bois pour les fouiller, assurer par ce moyen la navigation de l'armée, reconnaître et couvrir les débarquements. Il avait pour guide Kanectagon Iroquois le plus fameux chasseur de cette nation; Dès le 31 au soir les Sauvages destinés à aller par eau s'étaient porté 3 lieues en avant sur le lac St-Sacrement où ils nous attendaient.

Le 1er août a 2 heures après midi l'armée s'embarqua et elle arriva le 2 a 3 heures du matin à la baie de Yanaouske située à 4 lieues du fort Guillaume Henry où le chevalier de Lévy avait pris poste la veille à 3 heures du soir après une marche que les chaleurs excessives, les montagnes continuelles, les arbres renversés, la nécessité de porter tout sur soi, avaient rendu pénible aux Sauvages mêmes.

Il en repartit avec son détachement à 10 heures du matin, se porta à une anse éloignée du fort anglois d'environ une lieue et suivit ensuite reconnaître ce fort, la position des ennemis et les débarquements propres à l'artillerie. L'armée arriva ensuite à 11 heures du soir à cette même anse et tout le monde y resta au bivouac, des prisonniers fait durant la nuit nous apprirent que le nombre des ennemis pouvait monter à 3000 hommes dont 500 dans le fort le reste dans un camp retranché placé sur les hauteurs à 200 toises du fort et à portée d'en rafraîchir tous les jours la garnison. Ils nous dirent aussi qu'au signal du coup de canon toutes les troupes devaient prendre les armes. En conséquence le marquis de Montcalm donna sur le champ l'ordre de marche de l'armée, dont la disposition fut faite pour recevoir l'ennemi, en cas qu'il vint à notre rencontre et, dans le cas où il ne viendrait pas, investir la place et même attaquer le camp retranché s'il était jugé susceptible d'une attaque de vive force.

Le 3 à la pointe du jour l'armée s'ébranla, le chevalier de Lévy faisant l'avant-garde avec son corps une partie des Canadiens et tous les Sauvages. Les bataillons et le reste des miliciens marchaient ensuite en colonne, le Sieur de Rigaud à la droite, le Sieur de Bourlamaque à la gauche le marquis de Montcalm dans le centre. Le Sieur de Privatre lieutenant-colonel avait été placé avec 500 hommes et la brigade de St-Ours à la garde des bateaux et de l'artillerie.

À midi, l'investissement fut entièrement formé et le marquis de Montcalm qui s'était porté à l'avant-garde, ayant reconnu qu'on ne pouvait attaquer le retranchement des ennemis sans compromettre toutes les forces de la colonie, envoya ordre au S. de Bourlamaque d'asseoir le camp de l'armée, la gauche au lac, la droite à des ravins presque inabordables et d'y conduire sur le champ les bataillons de la Sarre et Royal Roussillon. Pour lui, avec la brigade de la Reine et les miliciens de Gaspée, il passa la nuit au bivouac à portée de soutenir le corps du chevalier de Lévy. (*)

Le 4 au matin comme le poste occupé par l'avant-garde quoique le meilleur possible pour couper la communication des assiégés au fort Édouard était trop éloigné du siège des bateaux et des vivres, elle se rapprocha. Le marquis de Montcalm ramassa en même temps les brigades de la Reine et de Gaspée prendre leur place dans le camp marqué la veille, et l'armée destinée à faire le siège duquel le S. de Bourlamaque eut la direction se trouva alors hors de portée et composé des 7 bataillons et des brigades de St-Ours et de Gaspée. Le chevalier de Lévy avec les 4 autres brigades de milices, les Volontaires de Villiers et tous les Sauvages fut chargé de couvrir notre droite, d'observer les mouvements des ennemis du côté du grand chemin du fort Édouard et de leur faire croire par des mouvements continuels que nous occupions encore cette communication; car il eut fallu une armée trois fois plus nombreuse que la nôtre pour investir entièrement la place.

Dans l'après-midi du 4 on marqua le dépôt de la tranchée, on fit le chemin de ce dépôt au camp,les fascines, gabions et saucissons nécessaires pour le travail de la première nuit, et on prépara une anse à laquelle ce dépôt aboutissait pour y débarquer la nuit l'artillerie à mesure qu'on en aurait besoin.

La nuit du 4 au 5 on ouvrit la tranchée à 350 toises du fort; l'attaque embrassant le front du nord ouest; cette tranchée était une espèce de 1er paralèlle; on commença aussi deux batteries et leur communication à la parallèle.

Dans la journée du 5 les travailleurs de jour perfectionnaient l'ouvrage de la nuit. On fut obligé de porter un peu plus en arrière la gauche du camp de l'armée, laquelle se trouvait trop exposée au feu de la place, dont le canon, et les bombes avaient tué du monde dans les tentes, les Sauvages interceptèrent une lettre du général Webb écrite du fort Édouard en date du 4 à minuit. Il mandait au commandant de la place, qu'aussitôt après l'arrivée des milices des provinces, auxquelles il avait envoyé ordre de le venir joindre sur le champ, il s'avancerait pour combattre l'armée française, que cependant si ces milices arrivaient trop tard le commandant vit à obtenir les meilleures conditions qu'il lui serait possible. Cette lettre détermina le marquis de Montcalm à accélérer encore la construction des batteries et le nombre des travailleurs fut augmenté. Il assembla aussi un conseil de toutes les nations auxquelles il fit part du contenu de la lettre interceptée et des mesures qu'il comptait prendre en conséquence; il se plaignit ensuite de ce que leurs jeunes gens étaient moins occupés de l'objet essentiel des découvertes que de faire toute la journée d'inutiles fusillades autour du fort, et de ce qu'à peine un petit nombre d'entre eux étaient établis au camp du chevalier de Lévy, quoique le bien des affaires l'exigea et qu'ils le lui en eussent tous promis; les Sauvages remercièrent le marquis de Montcalm des nouvelles qu'il donnait, et l'assurèrent qu'avant la fin du jour ils se rendraient tous au camp du chevalier de Lévis pour y faire sa volonté au sujet des découvertes. Le marquis de Montcalm les lia par deux colliers et 10 branches de porcelaine.

La nuit du 5 au 6 les travailleurs achevèrent la batterie de la gauche, la communication de la batterie de la droite avec la parallèle et avancèrent considérablement cette batterie. Celle de la gauche fut en état de tirer à la pointe du jour à la grande satisfaction des Sauvages, dont les cris de joie avertissaient de tous les coups tirés juste. Elle était de 8 pièces de canon et d'un mortier et battait les défenses du front de l'ouest, du front du lac et la rade des barques; la nuit du 6 au 7, nous conduisîmes un boyau de 160 toises en avant sur la capitale du bastion de l'ouest et achevâmes la batterie de la droite. Cette batterie de huit pièces de canon, d'un mortier et de deux obusiers battait en écharpe le front d'attaque et à ricochet le camp retranché; elle fut démasquée à 7 heures du matin et après une double salve des deux batteries, le marquis de Montcalm m'envoya porter au commandant la lettre de son général interceptée le 5. C'était dans ce moment où nos travaux étaient déjà avancés, lui fournir un prétexte pour parler de se rendre et les Sauvages avaient demandé qu'on fit cette démarche. La nuit du 7 au 8: les travailleurs cheminèrent sur la place en continuant le boyau commencé la veille qui fut conduit à 100 toises du fossé; on ouvrit aussi à l'extrémité de ce boyau, un crochet pour y établir une 3ème batterie et y loger de la mousqueterie.

Environ à minuit, deux déserteurs partis du camp retranché, vinrent donner dans une embuscade de Sauvages couchés ventre à terre, en avant des travailleurs; au bruit de la décharge qui fut faite sur eux, les montagnes qui environnent le fort retentirent des cris de tous les Sauvages qui s'appellaient et se répondaient, ce qui vraisemblablement dégoûta les assiégés de tenter une sortie qu'ils étaient si à portée de faire; le travail de la nuit nous conduisit à un marais d'environ cinquante toises de passage, qu'un côteau qui le bordait mettait à couvert des batteries de la place, à l'exception de dix toises de largeur, pendant lesquelles on était exposé à leur feu: quoique en plein jour, le marquis de Montcalm fit faire ce passage comme celui d'un fossé de place rempli d,eau; les sapeurs s'y portèrent avec tant de vivacité que malgré le feu du canon et de la mousqueterie des assiégés, il fut achevé dans la matinée même, ce qui nous donna le moyen de pratiquer avant la nuit dans les marais, une chaussée capable de supporter l'artillerie: à 4 heures du soir les Sauvages découvreurs rapportèrent qu'un gros corps marchait au secours de la place par le grand chemin du fort Édouard. Le chevalier de Lévy s'y porta sur le champ avec la plus grande partie des Canadiens et tous les Sauvages; le marquis de Montcalm ne tarda pas à le suivre à la tête de la brigade de la Reine et des miliciens de gaspée; il avait laissé pour la garde des tranchées, des bateaux et du camp les brigades de la Sarre, Royal Roussillon et de St-Ours aux ordres du S. de Bourlamaque. À 6 heures l'armée s'avançait en bataille prête à recevoir l'ennemi, les bataillons en colonne sur le grand chemin, les Sauvages et les Canadiens sur les ailes dans le bois, lorsqu'on sait que la nouvelle de la marche des ennemis était fausse. Les troupes rentrèrent dans leur camp, et le travail du siège ne fut en rien dérangé. Au reste la promptitude de notre mouvement servi au moins à augmenter encore la confiance que les Sauvages ont dans les troupes françaises, puisqu'elle leur prouva que ces troupes qu'ils appellent leur mur d'appui; ont autant d'activité que de bravoure. La nuit du 8 août, on déboucha du marais par un boyau servant de communication à la 2e parallèle qui fut ouverte sur la crête du côteau et fort avancée dans la nuit. C'est de cette parallèle qu'on devait partir pour établir les batteries de brèche et en la prolongeant envelopper le fort et couper la communication avec le retranchement, laquelle avait jusqu'alors été libre, les assiégés ne nous en donnèrent pas le temps, à 8 heures du matin ils arborèrent un pavillon blanc. Le marquis de Montcalm dit au colonel Young envoyé par le commandant pour traiter de la capitulation qu'il ne pouvait en signer aucune, qu'auparavant, il n'en eut communiquer les articles aux nations sauvages et qu'elles ne les eussent acceptés. À cet effet il convoqua sur le champ un conseil général dans le quel il exposa aux chefs les conditions suivant lesquelles les Anglais offraient de se rendre et celles qu'il était résolu de leur accorder. Il leur demanda s'ils les approuvaient et si leurs jeunes gens ne les enfreindraient pas. Les chefs l'assurèrent qu'ils approuvaient tout ce qu'il ferait et qu'ils empêcheraient leurs jeunes gens de commettre aucun désordre. Après cette parole solenellement donnée, le marquis de Montcalm m'envoya pour rédiger la capitulation avec le colonel Monro commandant du fort et des retranchements, les principaux articles furent que les troupes, tant de la garnison que du camp retranché sortiraient avec leurs bagages et les honneurs de la guerre, qu'elles se retireraient le lendemain au matin au fort Édouard et que, pour les rassurer contre les Sauvages elles seraient escortées par un détachement de nos troupes, et par les principaux officiers et interprètes attachés aux Sauvages; que ces troupes ne pourraient servir de 18 mois ni contre Sa Majesté ni contre ses alliés, que dans l'espace de trois mois tous les prisonniers français, Canadiens et Sauvages faits par terre dans l'Amérique septentrionalle depuis le commencement de la guerre seraient ramenés aux forts français.

Cette capitulation fut signée à midi et aussitôt la garnison sortit du fort et le S. de Bourlamaque en prit possession avec les troupes de la tranchée, nous envoyâmes aussi au retranchement une garde de nos troupes demandée par les Anglais même et le marquis de Montcalm ordonna aux officiers et interprètes attachés aux Sauvages d'y demeurer jusqu'au départ des Anglais, malgré toutes ces précautions, les seules imaginables, les Sauvages voulaient piller et les Anglais s'y opposant, il était à craindre qu'il ne s'en suivit quelques désordres. Le marquis de Montcalm y courut lui même et il employa tout pour contenir et arrêter les Sauvages, enfin il parut en être venu à bout, et même il obtint qu'outre l'escorte convenue par la capitulation 2 chefs par chaque nation accompagneraient les troupes anglaises jusqu'auprès du fort Édouard; Ce ne fut qu'après avoir fait ce dernier arrangement qu'il me fit partir pour apporter la capitulation au marquis de Vaudreuil, tel a été le succès d'une expédition dans laquelle 5500 combattants, non compris les Sauvages, ont pris un fort et un camp retranché défendus par 3000 hommes et par près de 50 pièces de canon ou mortier munies abondamment de provisions de toutes espèces à portée d'être secourue par toutes les forces des colonies anglaises tant que le siège a duré, l'armée a été presque toute entière jour et nuit de service soit dans la tranchée, soit au camp, soit dans les bois pour facines, gabions et saucissons nécessaires; on a finit avec la pioche, la hache et la scie 600 toises de tranchée assez large pour y charrier de front deux pièces de canons, les abbatis dont tout le terrain est embarassé, empêchant de les faire passer sur le revers, nous avons eu environ 60 hommes tués ou blessés et les assiégés 250 tués et 100 blessés.

Le marquis de Montcalm était en état d'exiger qu'ils se rendissent prisonniers de guerre; mais comment la colonie eût elle pû nourrir 2500 hommes de plus dans un temps où une partie des habitants souffrent les extrémités de la disette?

Cette même disette; un portage de 6 lieues à faire avec une armée harassée par la fatigue et la mauvaise nourriture, le départ de tous les Sauvages des pays d'en haut et de presque tous les domiciliers, la nécessité de renvoyer les Canadiens à des récoltes déjà mûres, voilà les obstacles invincibles qui nous ont empêchés de marcher au fort Édouard. Le marquis de Montcalm va s'occuper à démolir le fort Guillaume Henry, déblayer son armée et faire le portage du lac St-Sacrement à Carillon où nous comptons finir la campagne sur la défensive.

P.S. Nous venons d'apprendre la nouvelle de violences commises par les Sauvages le 10 au matin, les Anglais qui en ont une frayeur inconcevable, impatient de s'éloigner d'eux voulurent se mettre en marche avant que notre escorte fut rassemblée et disposée, quelques uns de leurs soldats leur avaient malgré tous les avis donnés à ce sujet fait boire du rum qui dans le monde pourrait contenir 1800 Sauvages de 32 nations différentes quand ils ont bu. Le désordre commença par des Abénaquis de Ganaouames ????????, qui prétendent avoir essuyé de mauvais procédé de la part des Anglais; leur exemple entraîna les autres, ils se jettèrent sur la garnison, laquelle au lieu de faire bonne contenance, pris l'épouvante, ce qui les enhardit, ils pillèrent, tuèrent une vingtaine d'hommes et en amenèrent 5 à 600; les officiers français accourus au bruit de ce désordre, firent les plus grands efforts pour l'arrêter, jusqu'à ce que quelques grenadiers de notre escorte fussent blessés par les Sauvages. Les Anglais eux-mêmes publient que le marquis de Montcalm, MM. de Lévy, de Bourlamaque et plusieurs autres ont couru risque de leur vie, pour les sauver: car dans des cas pareils les Sauvages ne respectent rien; enfin on les appaisa et M. le marquis de Montcalm fit rendre sur le champ 100 de ceux qui avaient été pris, qu'il fit habiller et que depuis le départ des nations, il a renvoyé avec une escorte au fort Édouard; ceux que les Sauvages ont amenés à Montréal ont été rachetés de leurs mains par le marquis de Vaudreuil à grands frais et aux dépens du roy et ils seront incessament envoyés à Halifax par un bâtiment expédié en paquebot.

(a) Quelques jours après l'arrivée du marquis de Montcalm à Carillon, le S. Marin lieutenant dans les troupes de la marine y revint d'une course dans laquelle avec 200 Canadiens et sauvages il avait faits des prisonniers et des chevelures dans les dehors mêmes et sous les retranchements du fort Édouard; et le S. de Corbières lieutenant des mêmes troupes à la tête d'un gros corps de sauvages et de quelques Canadiens défit entièrement sur le lac St-Sacrement un détachement de 350 hommes commandé par le colonel Parker arrivé dans 30 barges dont 2 seulement retournèrent au fort Guillaume Henry.

(*) En arrivant il avait fait avertir le commandant du fort, qu'une fois nos batteries établies peut-être ne serait-il plus en notre pouvoir de mettre un frein à la barbarie d'une foule de sauvages, cette sommation dictée par l'humanité avait été sans effet.

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